Une croix sur les signes religieux

Le gouvernement québécois n’a pas même pas déposé son projet de loi sur la laïcité (appelez-le comme vous voulez!), que tous les candidats à la mairie de Montréal sont aux abois. La question du bannissement des signes religieux ostentatoires dans la fonction publique, les CPE, les écoles et les hôpitaux est tellement explosive à leurs yeux qu’ils ne veulent pas en entendre parler. Surtout pas à deux mois des élections.signes religieux

Denis Coderre affirme qu’«on ne partira pas des guéguerres sur une charte», ajoutant, du même souffle, être prêt à en découdre avec Québec. Richard Bergeron, lui, n’ose même pas dire s’il trouverait acceptable de voir une policière du Service de police de la Ville de Montréal porter le hijab. Marcel Côté prétend que l’adoption de la Charte des valeurs québécoises ne constitue pas une priorité pour Montréal. Quant à Mélanie Joly, elle soutient que «Montréal baigne actuellement dans un climat d’harmonie qui est favorable à son développement». Bref, tout ce beau monde prie en chœur pour que ce calice passe loin d’eux.

Faut-il absolument qu’il y ait une crise aigüe pour que l’on puisse considérer qu’il y a un malaise, voire de réels problèmes? Avons-nous rêvé l’engouement et les passions qu’avaient suscités les audiences de la commission Bouchard Taylor? Ces aspirants à la mairie ont-ils oublié qu’uniquement dans la ville qu’ils convoitent, plus de 400 mémoires avaient été déposés par des citoyens et des organismes de toutes sortes?

Je ne voudrais pas faire de peine à tous ces prétendants au trône, mais il faudra bien qu’ils se fassent à l’idée qu’il ne suffit pas que le rapport de deux intellectuels soit tabletté par le précédent gouvernement pour que toutes les questions liées aux accommodements religieux se dissolvent par enchantement.

La politique municipale se nourrit du quotidien de ses citoyens. Plus que partout ailleurs au Québec, cette question des accommodements religieux s’inscrit dans la vie de tous les jours des Montréalais. Si ceux qui souhaitent présider aux destinées de la plus grande ville multiethnique du Québec pensent pouvoir ignorer ou éluder la question, il vaudrait mieux, alors, qu’ils mettent une croix sur leur rêve!

Pour aider les candidats Bergeron, Coderre, Côté et Joly à se faire une tête (sans turban, kippa ou hijab) sur la question, je les inviterais à lire l’excellent texte qu’a publié dans Le Devoir le professeur de philosophie René Bolduc