Pas dans ma cour… de triage!

Des plus lointains confins de ma mémoire, je garde en tête le long et lancinant gémissement du train de Lac-Mégantic. Sa plainte nocturne, surtout. Couché au deuxième étage de la maison rassurante de mes grands-parents, le mugissement des locomotives me saisissait toujours.

Jamais je n’aurais pu imaginer que ce cocon douillet renfermant les souvenirs de tous mes Noëls d’enfance et plusieurs fêtes familiales de ma vie d’adulte aurait pu, un jour, être englouti par les entrailles suppurantes du train de minuit.

En voyant une photo aérienne de la scène apocalyptique, le 31 boulevard des Vétérans (cercle rouge) semble avoir été directement emporté par la coulée de lave bitumineuse. Contrairement aux maisons qui l’entourent, de l’ancienne propriété de mon grand-père Allard, il ne reste qu’un lopin de suie noire et fumante. La maison du notaire Veilleux? De l’avocat Lacoursière? Des Poulin? De M. Richard? De Mme Dion? Dévastées. Toutes. J’ai appris qu’à 93 ans, Éliane Boulanger (née Parenteau), une tante du côté de mon père qui habitait trois maisons plus loin, n’a pu échapper à son destin infernal. Même le crématorium serait redevenu poussière.2013-07-06 dévastation de la maison de grand-papa BR

Mais puisque nous sommes tous devenus Méganticois, des inquiétudes se soulèvent partout où les chemins de fer s’insinuent. Lundi dernier, battant le fer pendant qu’il était chaud, le maire de Farnham a adopté des résolutions pour que la compagnie MMA cesse au moins temporairement ses activités ferroviaires.

Au même moment, dans la salle du conseil d’Outremont, la mairesse Marie Cinq-Mars cherchait à rassurer. Incapable de répondre à un résident qui lui demandait si la ville disposait d’un plan d’urgence en cas de catastrophe, Mme Cinq-Mars avait, en revanche, une réponse à donner à un autre citoyen dont la résidence du 950 Champagneur se trouve à moins de sept mètres de l’emprise de la gare de triage du Canadien Pacifique. « Dans deux ou trois ans, la voie ferrée qui passe derrière chez vous sera déplacée vers Parc-Extension. Elle longera l’avenue Beaumont.»vue aérienne + plan de la gare de triage superposé.01

Bref, Outremontais et Montréalais, nous n’avons aucune idée des produits dangereux ou toxiques qui circulent dans notre cour, mais nous voilà rassurés. Si ça devait sauter, ça se ferait 300 mètres plus loin, dans la cour d’une école, de l’autre côté du nouveau campus Outremont, mais pas dans ma cour… de triage! Il est temps de se réveiller.

Saviez-vous que les compagnies ferroviaires ne divulguent le contenu de leurs chargements que lors d’un accident? Même le Centre de sécurité civile de Montréal qui s’occupe de la mise en place des mesures d’urgence lors de catastrophes n’en sait rien. Écoutez le reportage diffusé à l’émission Dimanche Magazine. Pas rassurant du tout.

Voyez maintenant la vidéo d’un riverain d’une voie ferrée de Magog. Qu’apprendrions-nous si nous allions faire un tour le long des rails de notre gare de triage?