Montréal au temps des vaches grasses

À la mi-septembre 2013, alors que la campagne électorale battait son plein, le conseil municipal de Montréal a adopté le programme triennal d’immobilisations (PTI). Ce fameux plan prévoit des dépenses de 3,78 milliards que l’administration compte réaliser entre 2014 et 2016 «pour bâtir une ville à la mesure des attentes des citoyens, dans un contexte de ressources limitées et en fonction d’un objectif de stabilisation de l’endettement.»

Bien qu’au moment de son adoption, une majorité du conseil municipal de Montréal promettait de tabletter le PTI après les élections du 3 novembre 2013, on aura compris que les milliards ont déjà bel et bien commencé à être dépensés pour la réfection des infrastructures routières et de l’eau, sans oublier les festivités du 375e anniversaire de Montréal.

À Outremont, j’en ai eu la preuve le 16 juillet. Sur l’avenue de L’Épée, entre Fairmount et Elmwood, des travailleurs se préparaient à scier des tronçons de trottoir des deux côtés de la rue. 2014-07-16 trottoirs de L'Épée

Ces trottoirs montraient bien quelques fissures ici et là (voir ci-haut), mais il me semblait que leur état ne présentait aucun risque pour les piétons, les joggeurs, les poussettes ou même les marchettes. Ma surprise a été d’autant plus grande que sur le site de la Ville de Montréal, on nous rappelait clairement que l’administration municipale se trouvait «dans un contexte de ressources limitées»! Qu’est-ce que ça serait si elle nageait dans l’argent? De quoi laisser songeurs les contribuables que nous sommes.

Des travaux de même nature sont également entrepris sur les rues Outremont (entre Bernard à St-Viateur), Antonine-Maillet (entre Van Horne et Lajoie) et McNider (de St-joseph à Côte-Ste-Catherine). Des amis m’ont demandé si je savais quels étaient les résidents assez puissants sur ces rues-là pour que la Ville accepte d’y engloutir autant d’argent sur les trottoirs et la chaussée.

Mais il y a plus surprenant encore. Le 4 août, le journaliste Yves Poirier nous apprenait au TVA Nouvelles que les contrats avaient été accordés à des entrepreneurs alors que la liste des travaux à effectuer n’existe encore qu’à l’état de brouillon. Je vous recommande vivement de lire la chronique de la conseillère indépendante de Céline Forget qui s’insurge de se voir refuser l’accès à des documents publics reliés à un contrat qu’on lui demande d’approuver.2014-08-06 Saint-Viateur et Outremont

Pour ne rassurer personne, les étiquettes appliquées sur les cônes orange qui se trouvent au coin des rues Saint-Viateur et Outremont indiquent qu’ils sont la propriété du Groupe Hexagone!  Ça ne vous dit rien? Hexagone… Accurso… Unité permanente anticorruption (UPAC)? La Presse en a parlé pas plus tard que le 22 juillet dernier.