Les débris des fêtes

Le 2 septembre dernier, lors de la réunion du conseil d’arrondissement, la conseillère de Projet Montréal, Mindy Pollak, a déposé un avis de motion afin de faire modifier le chapitre 6.1 du règlement de zonage 1177. Résultat: une assemblée de consultation publique (ouverte à tous les citoyens) sera tenue le 29 octobre 2014 au Centre communautaire intergénérationnel d’Outremont. (Voir les détails).

2013-10-25 Mindy avec La Presse- détail

Mindy Pollak représente Projet Montréal dans Outremont

Mme Pollak trouve que les 15 jours pendant lesquels l’arrondissement autorise l’érection de cabanes provisoires pour une fête juive ne suffisent pas.

Même si la fête de Souccot ne dure que neuf jours, la conseillère hassidique voudrait que l’arrondissement étende à 24 jours le droit de laisser ces structures sur les balcons ou les terrains des résidents.

Pour justifier la modification du règlement actuel, Mindy Pollak prétend que la construction d’une souccah requiert entre un et trois jours. Il suffit pourtant de voir la façon rudimentaire dont sont conçues les souccot (pluriel de souccah) pour comprendre que même un néophyte pourrait en monter une en à peine quelques heures.

Souccah en façade et en arrière-cour
Qu’elles soient installées en façade ou en arrière-cour, les souccot ne paient pas vraiment de mine.

La conseillère Pollak elle-même décrit les Souccot comme des «constructions assez simples». Il s’agit généralement d’étroits panneaux de contreplaqués fixés à des deux par quatre en épinette. Chaque section est préfabriquée et numérotée. Il suffit de juxtaposer les panneaux, d’y ajouter quelques branchages, trois ou quatre bouts de bois pour soutenir la toile de camping qui fait office de toit et le tour est joué.

Mieux! Mme Pollak nous rappelle que de plus en plus de gens troquent les cabanes de contreplaqué par des souccot «de style lego faits en plastique». Imputrescibles, plus légères et encore plus faciles à assembler, elles ne requièrent plus aucune habileté et se font (et défont) en un tournemain. Même par des adolescents.

Qu’importe les matériaux utilisés, il n’en demeure pas moins que la question de la sécurité de ces structures temporaires soulève l’inquiétude de plusieurs citoyens. Ces dernières années, des incendies causés par des feux de chandelles ont détruit des appartements sur les rues Hutchison et Durocher. Aussi, des gens craignent que les souccot puissent représenter un risque supplémentaire. C’est sans parler qu’il y a quelques jours à peine, une souccah s’est écroulée à Boisbriand, entraînant dans sa chute plusieurs femmes qui s’y trouvaient. Le site hassidique qui rapporte la nouvelle titre «Miracle in Tosh as Sukkah collapses but no serious injuries».

Mindy Pollak est surtout préoccupée par des considérations de commodité et d’accommodements religieux. Soutenant que des familles passent une partie de la fête de Souccot à l’extérieur de la ville, elle estime que cela peut leur laisser peu de temps, à leur retour, pour démanteler leur cabane dans les délais impartis par le règlement actuel.

Débris de souccah que ses propriétaires ne se sont jamais soucier de remiser.

Que répondre à cela sinon que les autorités municipales ne peuvent être tenues de prendre en compte les séjours de vacances de tout un chacun pour administrer l’arrondissement. Des situations similaires se vivent tous les jours dans nos quartiers. Si vous prenez l’avion, que vous n’avez pas de garage et que vous savez que vous ne reviendrez pas à temps pour changer votre voiture de côté de rue, vous avez le choix : ne rien faire et risquer la contravention ou demander à un bon voisin ou à un parent de la déplacer pour vous en temps opportun. Cette prévoyance tient de la responsabilité civique élémentaire.

La représentante de Projet Montréal pousse son argumentaire jusqu’à tenter une comparaison entre ses cabanes et les décorations de Noël. Elle trouve injuste que les constructions de contreplaqué sur les balcons doivent être enlevées après une période maximum de quinze (15) jours alors que les ornementations de Noël peuvent demeurer en place tout l’hiver. Elle trouve par ailleurs que les gros bonhommes de neige gonflables ne devraient pas passer l’hiver dehors. Mais comment peut-on comparer un assemblage des matériaux de construction dépareillés et inesthétiques à des décorations réjouissantes et agréables à l’œil de l’ensemble de la population, qu’importe sa religion, sa couleur et quoi encore?

Peut-on parler d’une injustice? Pour y répondre, je laisse parler les images. Jetez un coup d’œil aux les trois photos ci-bas et tirez vos propres conclusions.

Un arbre de Noël sur le Chemin de la Côte-Sainte-Catherine et des décorations du centre-ville.

Une souccah faite d’un mélange de contreplaqué et d’aggloméré. Elle  empiète même sur le domaine public.

Souccah faite de très vieux panneaux d’aggloméré.

Je vous invite à venir assister et participer à l’assemblée de consultation publique, le mercredi 29 octobre 2014, à 19 heures, au Centre communautaire intergénérationnel d’Outremont, 999, avenue McEachrean.