Les liaisons dangereuses

Depuis le 8 juin 2012, le Québec tout entier voit défiler des dizaines de témoins devant la commission Charbonneau chargée d’enquêter sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction.

Des Lino Zambito aux Jocelyn Dupuis, en passant par les Frank Zampino, Bernard Trépanier, Nicola Milioto, Giuseppe Borsellino, Gilles Surprenant et bien d’autres, c‘est le procès des liens véreux et incestueux entre le monde municipal et interlope qu’on déballe sous nos yeux.

Après 18 mois de ce spectacle aussi outrageant qu’humiliant, on se serait attendu à ce que tous les partis politiques municipaux en aient tiré la plus élémentaire des leçons:  On se tient loin des individus dont la réputation pourrait entacher notre intégrité ou soulever des soupçons sur notre administration. Hélas! il semble que le réflexe ne soit pas encore un automatisme.

Hier, pour la première fois depuis l’élection du 3 novembre dernier, la salle du conseil d’Outremont a accueilli les nouveaux élus dans le cadre d’une séance extraordinaire qui s’est tenue à l’heure du 5@7.

Accompagnée par Étienne Coutu (le candidat de Projet Montréal défait à la mairie d’Outremont), Mindy Pollak allait pouvoir étrenner son siège de conseillère municipale. Mais quelle ne fut pas notre surprise de la voir discuter dans la salle du conseil avec Sydney Pfeiffer, celui qui fut le premier conseiller juif orthodoxe à siéger à Outremont, entre 1991 et 2002. 2013-11-18 Sydney Pfeiffer au 1er conseil de Mindy Pollack BR

Cela aurait été tout à fait charmant si M. Pfeiffer avait été un citoyen modèle. Or il s’avère qu’en novembre 2003, un mandat d’arrestation a été émis contre lui par la GRC sous neuf chefs d’accusation dont celui d’avoir détourné à son profit 1,25 million de dollars. Les actes qui lui ont été reprochés ont été commis durant la même période où il a siégé au conseil d’Outremont (cliquer ICI pour plus de détails).

M. Pfeiffer a été reconnu coupable en 2007 et sa sentence, elle, a été rendue il y a neuf mois à peine! D’ailleurs, c’est bien parce qu’il a été condamné à l’emprisonnement avec sursis qu’il a pu s’entretenir tout à son aise avec sa coreligionnaire, aussi bien avant (photo de gauche) qu’après cette séance d’hier (les deux autres photos). On peut d’ores et déjà qualifier cette séance de doublement extraordinaire!

Je m’étonne que Richard Bergeron, le chef de Projet Montréal, qu’Étienne Coutu ou quiconque dans leur giron n’ait sonné l’alerte. Les faits sont connus et publics. Même la mairesse Marie Cinq-Mars le savait.Sydney Pfeiffer sur FOHS

Les messages de sympathie de Sydney Pfeiffer se retrouvent aussi sur la page Friends of Hutchison Street fondée par Mindy Pollak.

Pfeiffer était-il aussi de la cérémonie d’assermentation de Mme Pollak? Sa question laisse entendre qu’il ne voulait rien manquer.

La vraie transparence

Ces dernières années, à part les filous qui nous ont collectivement escroqués, nous avons tous été (et sommes encore) choqués d’apprendre combien le monde municipal avait été gangrené. La collusion, la corruption et l’espèce d’omertà qui ont résulté de la cupidité de certains a engendré dégoût et cynisme auprès de nombreux citoyens.

Nous n’avions franchement pas besoin de ça. Déjà qu’aux élections municipales de 2009, à peine 39% des Montréalais s’étaient rendus aux urnes. C’est ce qu’on appelle une catastrophe pour la démocratie. L’adage Chat échaudé craint l’eau froide refroidira-t-il l’électorat?

Souhaitons seulement que le coup de balai qui est donné par l’Unité permanente anticorruption et les travaux de la commission Charbonneau nous incitera, au contraire, à reprendre notre destin en main et à ne pas laisser à une minorité d’électeurs le soin de choisir pour nous ce qui devrait être profitable pour le plus grand nombre de citoyens.

Dans l’espoir de redorer leurs blasons, les partis municipaux tentent de montrer patte blanche en annonçant des gestes de transparence.

Untitled-5 copyLors de leur premier débat public, les quatre principaux candidats à la mairie de Montréal  ont déploré le faible taux de participation des Montréalais aux précédentes élections municipales et ont convenu qu’il fallait une ville plus transparente pour regagner la confiance des électeurs. Les uns n’acceptent plus que des dons de moins de 100$, les autres publient la liste des donateurs qui ont versé plus de 100$. C’est déjà un pas dans la bonne direction, mais ils pourraient faire mieux. Beaucoup mieux.

Non seulement les électeurs doivent-ils se gratter la tête pour trouver où se cachent les listes des donateurs des divers partis, mais en plus, aucune n’indique quel candidat bénéficie de ces sommes pour sa campagne. On ne sait même pas dans quel arrondissement ou dans quel district est acheminée tout cet argent.

Sur la page d’ouverture de mon site, vous constaterez que tout est sur la table.

En cliquant sur l’onglet Financement, toutes les contributions à ma campagne sont rendues publiques, des plus modestes aux plus importantes. Mieux. Vous y trouvez même un compte-rendu détaillé des dépenses électorales que j’engage dans cette course. Qui dit mieux? Qui fait mieux?

En attendant un hypothétique sauveur

La Commission  Charbonneau et l’Unité permanente anticorruption ne frappent pas que l’imaginaire. De révélations en arrestations, de perquisitions en démissions, les Montréalais se rebiffent, s’habituent ou se détournent devant la mise à jour d’événements troublants, voire illégaux au cœur de la Ville de Montréal.

Ces jours-ci, c’est Frank Zampino, l’ex-président déchu du comité exécutif de Montréal qui se fait cuisiner. Au milieu de ce bien-cuit pimenté de collusion, de mariages mafieux et de milliers d’appels à Monsieur 3 %, les prétendants à la mairie s’évertueront à se refaire une virginité à grand renfort de prétentions et de promesses. Qui aura la moralité qui lave l’âme plus blanc que blanc?

Le prochain maire de Montréal Comment réagira l’électorat à ces discours? D’ordinaire, deux Montréalais sur trois estiment inutile de contribuer à la sélection du premier magistrat de la Ville.

Combien seront confortés dans leur opinion quant à la futilité de voter pour l’un ou pour l’autre?

Combien de personnes qui ont voté lors de l’élection de la dernière élection en 2009 lanceront la serviette et abdiquerons temporairement ou de manière plus permanente?

À l’inverse, combien d’autres électeurs voudront exprimer leur ressentiment ou faire connaître haut et fort en qui ils fondent leurs espoirs politiques?

À l’heure actuelle, il est bien trop tôt pour analyser ou affirmer quoi que ce soit, mais déjà certaines indications sont perceptibles.

La déconfiture de Gérald Tremblay et de son parti, Union Montréal, n’a pas eu l’heur de profiter aux deux autres partis, en général, ni à leurs chefs Harel et Bergeron, en particulier.

On peut imaginer qu’un candidat, venu de l’extérieur des trois principaux partis actuels, pourrait prétendre à la mairie. Encore faudrait-il qu’il ait un minimum de charisme, d’enthousiasme et de crédibilité.

Si un tel candidat ne se pointe pas, la participation à la prochaine élection à Montréal risque d’être encore moindre qu’en 2009.

(avec la collaboration de Serge Chevalier)

À vous la parole !

Monsieur 3%Depuis 2009, plusieurs médias ont soulevé des pratiques de financement inappropriées qu’utilisent différents partis politiques, à tous les niveaux de gouvernement. Ces derniers mois, la Commission Charbonneau nous a présenté les interrogatoires et témoignages de fonctionnaires et collecteurs de fonds du parti Union Montréal que dirigeait Gérald Tremblay.

Nous y avons découvert le royaume de la magouille, de la collusion et de la corruption. Hélas, ce modus operandi semble avoir fait tache d’huile à une bonne partie du Québec.

Pour mettre un terme à ces pratiques illégales dans le domaine municipal et tenter de rétablir notre confiance envers ces institutions, le ministre des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, annonce le lancement d’une consultation citoyenne sur les mesures à l’étude pour réformer le financement politique municipal. Il faut toutefois savoir que cette consulation ne porte pas sur les mesures transitoires adoptées pour les élections municipales de novembre prochain.

Du 28 mars au 19 avril 2013, les citoyens, les organismes et les partis politiques sont invités à prendre connaissance du document de consultation et à produire un mémoire (voir document d’aide à la rédaction d’un mémoire) ou remplir le formulaire qui vous permettra de répondre à des questions suggérées. Les commentaires reçus dans le cadre de la démarche de consultation seront considérés dans l’élaboration des mesures législatives qui seront proposées à l’Assemblée nationale pour adoption à l’automne 2013. Un rapport synthèse des consultations sera rendu public après la période de consultation.

Vous avez jusqu’au 19 avril  2013 pour produire un mémoire ou remplir le formulaire pour transmettre votre mémoire ou votre formulaire par courriel à l’adresse : consultation.financement@mamrot.gouv.qc.ca

ou par la poste, à l’adresse :

Consultation sur la réforme du financement politique municipal
Direction générale des politiques
Ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire
10, rue Pierre-Olivier-Chauveau, 3e étage
Québec (Québec) G1R 4J3

Pour de plus amples renseignements, cliquez ICI

 

Les moeurs électorales des déserteurs d’Union Montréal

Le DGEQ enquête à OutremontLa semaine dernière, l’Unité permanente anticorruption (UPAC) commotionne de nouveau l’hôtel de ville de Montréal qu’on évacue pour permettre à une centaine de policiers de perquisitionner : un enième tremblement de terre ébranle le gouvernement municipal. Qu’ils aient déserté ou non le parti que dirigeait Gérald Tremblay, les élus qui ont porté les couleurs d’Union Montréal ont raison d’être secoués.

Pendant ce temps, à Outremont, nous observons le scandale du dépassement de coût de construction du Centre communautaire d’Outremont, la construction de la piste cyclable réalisée en douce sans tenir compte de la volonté des citoyens outremontois, les âpres discussions à propos du double standard en matière de respect de la réglementation municipale, la timide implication de la mairesse Cinq-Mars dans le dossier de la gare de triage et les allégations de financement illégal du parti du maire Tremblay entre 2001 et 2007 qui avaient déjà fait les frais d’ une enquête du Directeur général des élections du Québec.

Même si les portes de l’hôtel de ville d’Outremont n’ont pas été défoncées par l’escouade spéciale de l’UPAC, l’amoncellement de scandales des dix dernières années a formé un  embâcle devant le 543, chemin de la Côte-Ste-Catherine.

En septembre 2009, La Presse nous avait déjà appris en 2004, qu’un membre éminent du parti Union des citoyens de l’île de Montréal (UCIM), aujourd’hui Union Montréal, aurait demandé à l’arrondissement d’Outremont de participer au règlement d’une dette que le parti traînait vis-à-vis de la firme de relations publiques Octane depuis les élections municipales de 2001. Puisque la somme d’argent ne pouvait être payée par l’UCIM (cela contrevenait aux articles de la loi sur le plafonnement des dépenses d’un parti politique en période électorale), on aurait ainsi demandé à Outremont de fournir 15 000 $ à Union Montréal. Outremont aurait accepté de donner 8 000 $. La nouvelle avait été reprise au téléjournal de Radio-Canada (avancez à 19 min. 47).

Où était la mairesse Cinq-Mars durant toutes ces années? Comme Gérald Tremblay, elle n’a jamais rien vu. Tout comme elle n’a pas vu passer les factures des caisses de Scotch qui, mois après mois, entraient à l’hôtel de ville d’Outremont alors qu’elle était chargée d’approuver les dépenses de l’arrondissement.

Collusion dans les contrats ?

Depuis la mise sur pied de la commission Charbonneau, qu’avons-nous appris sur Outremont?

Interrogé le 19 novembre 2012, Michel Leclerc, propriétaire de la firme de construction Terramex, nous a révélé qu’à Outremont, une entreprise aurait été privilégiée dans l’octroi de contrats. Il a, de plus, ajouté que quelqu’un « de l’intérieur » prévenait les « collusionnaires » dès qu’un nouvel entrepreneur voulait soumissionner.

Voici la retranscription intégrale des passages du témoignage de monsieur Leclerc :

Q. O.K. Bien on va faire le tour des arrondissements. Est-ce que vous avez, selon votre observation du milieu, les appels que vous avez eus, il y a un partage de territoire si je comprends bien.

R. Bien c’est ce que j’ai pu comprendre à un moment donné parce que, c’est comme je vous disais tantôt, on ne pouvait plus bouger là. Tu sais, à Outremont c’était un entrepreneur, à Ville Saint-Laurent c’était un autre entrepreneur. …

Q. O.K. Et si on parle d’Outremont, Westmount, dans ces coins-là, qui étaient les heureux élus ou l’heureux élu?

R. L’heureux élu, il y en avait deux heureux élus. Outremont, c’était Canbec et puis Westmount, c’était TGA, dans les égouts là. …

R. Aussitôt que j’allais chercher les documents de soumission là, je trouvais ça un peu drôle, j’essayais d’estimer le temps que je prenais les documents et le moment que le téléphone était pour sonner.

Q. En règle générale là, c’est…

R. Des fois, c’était pas long. Je n’avais pas le temps de m’en retourner au bureau, le téléphone sonnait déjà. Ça fait qu’il y avait quelqu’un à l’intérieur sûrement qui… qui vendait la mèche. Mais, encore là, t’sais, c’était… c’était public là les soumissions là.

Q. O.K. Je comprends que la liste des soumissionnaires n’était pas nécessairement cachée, mais votre téléphone sonnait quand même de façon particulièrement rapide.

R. Assez, oui.

Rencontre intéressée entre Catania et Harbour ?

Interrogé par le procureur de la Commission Charbonneau le 27 novembre dernier, Érick Roy, policier pour la SQ et enquêteur à la Commission, nous a appris que Paolo Catania a rencontré Stéphane Harbour au club privé le 357C le 27 novembre 2006.

Voici la retranscription intégrale des passages du témoignage de monsieur Roy :

Q :Parfait. Lors de vos enquêtes ici à la Commission vous avez été amené à vous intéresser au 357C et pour quelle raison?

R. Bien, écoutez, c’est sûr que je pense qu’on a eu le témoignage de monsieur Elio Pagliarulo qui est venu ici au préalable qui avait déjà mentionné qu’il y avait eu, entre autres, des éléments que là-bas il y a des livraisons d’argent, ces choses-là. Alors ce sont ces motifs qui nous ont apportés à aller nous intéresser à ce qui se déroulait à l’intérieur du 357C.

……

R. Alors, le dernier événement, c’est le vingt-sept(27) novembre deux mille six (2006), de midi (12 h 00) à quatorze heures (14 h 00), Paolo Catania. Monsieur Paolo Catania, pardon, a rencontré monsieur Stéphane Harbour, deux personnes étaient prévues pour l’événement.

Q. Monsieur Stéphane Harbour va se retrouver à l’onglet 37, son profil. Non. Parfait. Parlez de monsieur Harbour.

R. Oui. Monsieur Harbour a été maire de l’arrondissement d’Outremont de deux mille cinq (2005) à deux mille sept (2007). Alors, en quatre-vingt-quinze (95), monsieur Stéphane Harbour a été élu conseiller municipal d’Outremont. Lors de l’élection en deux mille un (2001), Stéphane Harbour est élu président de l’arrondissement d’Outremont. On peut voir également que le onze (11) octobre deux mille sept (2007), Stéphane Harbour démissionne de ses fonctions de maire de l’arrondissement d’Outremont suite à une enquête portant sur des irrégularités ayant eu cours à la mairie d’Outremont entre deux mille cinq (2005) et deux mille huit (2008). Monsieur Stéphane Harbour a été président de l’Office municipal d’habitation d’Outremont jusqu’à la dissolution en deux mille deux (2002). Cette compagnie de gestion de l’habitation a vu le jour en quatre-vingt-neuf (89).

Depuis 2002, sous le règne Harbour et Cinq-Mars bien des choses n’ont pas été nettes. Mais le simple fait que Mme Marie Cinq-Mars se soit tout récemment départie du masque d’Union Montréal lui permet-elle aujourd’hui de montrer patte blanche ?