Les matières dangereuses

Quelques jours après la catastrophe de Lac-Mégantic, j’ai interpellé la mairesse Cinq-Mars dans le cadre d’une séance du conseil afin qu’elle nous fasse part du plan d’urgence existant en cas d’une pareille catastrophe à Outremont. À l’époque, la mairesse avait été incapable de nous dire si un tel plan existait (lire ma chronique du 13 juillet 2013).2013-07-06 feu à Lac Mégantic.08

Aujourd’hui, cinq mois plus tard, où en est la mairesse dans ses démarches sur cette question du transport ferroviaire de matière dangereuse ?

Lors de la séance du conseil du 9 décembre dernier, Mme Cinq-Mars nous a dit avoir expédié une lettre à une ministre fédérale dont elle a oublié le nom. Selon ses dires, son envoi est resté lettre morte. La mairesse aurait expédié une seconde lettre à la même personne, mais n’aurait toujours pas reçu d’accusé réception. Nous imaginons que la destinataire devait être la ministre fédérale des Transports, Lisa Raitt. 2013-12-09 Ma question sur la destitution de Werzberger - Marie Cinq-MarsPour voir  et entendre les propos de la mairesse sur cette question, cliquer ICI.

Manifestement pas très au courant de ce qu’il en était, la mairesse a donné la parole à M. Normand Proulx. Le directeur de l’arrondissement nous a expliqué que les compagnies ferroviaires allaient devoir déclarer — à postériori! — les produits dangereux qu’ils auront fait circuler sur notre territoire. Les municipalités ne pourront en prendre connaissance qu’après coup, soit au moment de la publication des rapports trimestriels.

Entre temps, dans la perspective du développement du site universitaire d’Outremont, c’est le centre de sécurité civile qui élabore un plan de gestion du risque près du nouveau campus.

En ce qui concerne le plan d’urgence d’Outremont, une demande de révision a été formulée à l’administration et il semble qu’il pourrait être déposé bientôt. Cela dit, une pétition exigeant que l’administration municipale d’Outremont nous dévoile ce fameux plan d’urgence circule toujours. Si vous ne l’avez pas encore signée, voyez ma chronique du 24 juillet dernier.

Pétition sur le transport de produits dangereux

Aux maires d’Outremont et de Montréal : Divulguez votre plan d’urgence et faites pression pour le resserrement des normes de sécurité dans le transport de produits dangereux

 À la suite de la plus meurtrière catastrophe ferroviaire au Canada qui a semé la dévastation à Lac-Mégantic (voir ma chronique du 13 juillet 2013), nous avons appris que ce convoi provenait du Canadien Pacifique (CP) et qu’il a parcouru cinq agglomérations de plus de trois millions d’habitants, dont Montréal.pétition

Outremont, comme plusieurs arrondissements de la métropole, est traversé par une voie ferrée du CP dont l’emprise se trouve parfois à moins de sept mètres de complexes résidentiels. D’ici quelques années, ce corridor ferroviaire longera le nouveau campus universitaire d’Outremont qui accueillera des milliers d’étudiants et quelque 1 300 logements sur le site de l’ancienne gare de triage.

Contre toute logique de sécurité humaine, les compagnies de chemin de fer ne sont pas tenues de déclarer le contenu de leurs cargaisons. Même le Centre de sécurité civile de Montréal, dont la mission est de s’assurer de la prévention des sinistres majeurs, ne connaît pas la nature des produits qui transitent sur son territoire.

Puisque le transport de produits dangereux est une réalité incontournable, les citoyens sont en droit de savoir :

– si les autorités disposent d’un plan d’intervention adéquat à l’égard de cette problématique particulière.

– si les intervenants ciblés par un tel plan d’urgence ont récemment été soumis à des exercices de simulation qui s’imposent pour protéger les populations.

Je réclame :

1)     Que l’administration municipale d’Outremont nous dévoile le plan d’urgence mis à sa disposition pour répondre à un tel événement dramatique qui pourrait survenir sur son territoire.

2)     Que les élus de la métropole, les responsables du Centre de sécurité civile de Montréal et toutes les autorités compétentes fassent pression sur le gouvernement fédéral et le Bureau de la sécurité du transport (BST) afin qu’ils resserrent les normes de sécurité et qu’ils obligent les entreprises de transport terrestre et maritime à dévoiler d’avance le contenu des matières dangereuses qu’ils transportent, ainsi que les autres informations propres à permettre la mise en action des mécanismes de protection adéquats.

Pour signer la pétition, cliquer ICI

Merci d’avance.

Je vous invite aussi à signer la pétition de  l’Union des municipalités du Québec. L’UMQ mobilise présentement les mairesses et les maires afin de revendiquer, auprès des instances responsables, la révision, la modernisation et le renforcement des normes qui encadrent les activités des compagnies ferroviaires et réclame des mesures de sécurité à mettre en place immédiatement pour garantir la sécurité dans les municipalités traversées par des voies ferrées.

Pas dans ma cour… de triage!

Des plus lointains confins de ma mémoire, je garde en tête le long et lancinant gémissement du train de Lac-Mégantic. Sa plainte nocturne, surtout. Couché au deuxième étage de la maison rassurante de mes grands-parents, le mugissement des locomotives me saisissait toujours.

Jamais je n’aurais pu imaginer que ce cocon douillet renfermant les souvenirs de tous mes Noëls d’enfance et plusieurs fêtes familiales de ma vie d’adulte aurait pu, un jour, être englouti par les entrailles suppurantes du train de minuit.

En voyant une photo aérienne de la scène apocalyptique, le 31 boulevard des Vétérans (cercle rouge) semble avoir été directement emporté par la coulée de lave bitumineuse. Contrairement aux maisons qui l’entourent, de l’ancienne propriété de mon grand-père Allard, il ne reste qu’un lopin de suie noire et fumante. La maison du notaire Veilleux? De l’avocat Lacoursière? Des Poulin? De M. Richard? De Mme Dion? Dévastées. Toutes. J’ai appris qu’à 93 ans, Éliane Boulanger (née Parenteau), une tante du côté de mon père qui habitait trois maisons plus loin, n’a pu échapper à son destin infernal. Même le crématorium serait redevenu poussière.2013-07-06 dévastation de la maison de grand-papa BR

Mais puisque nous sommes tous devenus Méganticois, des inquiétudes se soulèvent partout où les chemins de fer s’insinuent. Lundi dernier, battant le fer pendant qu’il était chaud, le maire de Farnham a adopté des résolutions pour que la compagnie MMA cesse au moins temporairement ses activités ferroviaires.

Au même moment, dans la salle du conseil d’Outremont, la mairesse Marie Cinq-Mars cherchait à rassurer. Incapable de répondre à un résident qui lui demandait si la ville disposait d’un plan d’urgence en cas de catastrophe, Mme Cinq-Mars avait, en revanche, une réponse à donner à un autre citoyen dont la résidence du 950 Champagneur se trouve à moins de sept mètres de l’emprise de la gare de triage du Canadien Pacifique. « Dans deux ou trois ans, la voie ferrée qui passe derrière chez vous sera déplacée vers Parc-Extension. Elle longera l’avenue Beaumont.»vue aérienne + plan de la gare de triage superposé.01

Bref, Outremontais et Montréalais, nous n’avons aucune idée des produits dangereux ou toxiques qui circulent dans notre cour, mais nous voilà rassurés. Si ça devait sauter, ça se ferait 300 mètres plus loin, dans la cour d’une école, de l’autre côté du nouveau campus Outremont, mais pas dans ma cour… de triage! Il est temps de se réveiller.

Saviez-vous que les compagnies ferroviaires ne divulguent le contenu de leurs chargements que lors d’un accident? Même le Centre de sécurité civile de Montréal qui s’occupe de la mise en place des mesures d’urgence lors de catastrophes n’en sait rien. Écoutez le reportage diffusé à l’émission Dimanche Magazine. Pas rassurant du tout.

Voyez maintenant la vidéo d’un riverain d’une voie ferrée de Magog. Qu’apprendrions-nous si nous allions faire un tour le long des rails de notre gare de triage?

Les impacts de la transformation de la gare de triage

L'ancienne gare de triageLa venue du futur campus sur le site de l’ancienne gare de triage aura des impacts sur les arrondissements limitrophes, incluant Outremont. Augmentation des déplacements, création de nouvelles rues, aménagement de pistes cyclables et d’espaces verts.
Afin de planifier la mise en valeur de ce grand projet, la Ville de Montréal a élaboré un plan de développement urbain, économique et social des secteurs environnants.

Si  le développePlan de la réunion de consultation de l'OCPM sur le campus d'Outremontment de ce projet vous intéresse, vous pourrez, comme moi, assister à la séance d’information publique que l’Office de consultation publique de Montréal organise mercredi le 13 mars 2013

Lieu :  Espace Réunion, 6600, rue Hutchison.
Heure : 19h

La gare de triage d’Outremont – De verrue à grain de beauté

Un peu d’histoire, des projets et des craintes.

Derrière ses résidences bichonnées et ses ilots de verdure soignée, Outremont a longtemps caché une verrue honteuse grosse comme la moitié de la superficie du parc Lafontaine. Depuis 1886, sa gare de triage avait l’allure  d’une cour à ferraille inhospitalière. Des wagons et des conteneurs remplis de marchandises de toutes sortes y ont transité pratiquement depuis l’incorporation de l’ancienne ville d’Outremont.

Vue aérienne du campus Outremont

Vue aérienne du campus Outremont (cliquer pour agrandir)

Il y a quelques années à peine, le terrain de la gare de triage a été le théâtre d’une âpre controverse entre ceux qui souhaitaient y voir s’y implanter le nouveau CHUM et ceux qui tenaient à ce que l’Université de Montréal y érige son nouveau campus. Ces derniers ont remporté la mise et il a été convenu que ce vaste espace abriterait le nouveau pavillon des sciences, ainsi que du logement et des parcs publics.

Voici là une opportunité aussi fantastique qu’inespérée de développement de la qualité de vie du quartier et de l’ensemble de l’arrondissement d’Outremont qui ne comptait guère plus d’espace vacant.

En février 2007, l’Office de consultation publique de Montréal avait tenu sa première séance d’information publique. À l’époque, l’Université de Montréal qui avait d’abord souhaité qu’il n’y ait aucune rue véhiculaire qui traverse le campus, avait changé d’idée. Des rues traverseraient le nouveau campus, mais les autorités s’étaient faites rassurantes quant à l’impact de son projet sur la circulation automobile.

Cela n’avait pas empêché de nombreux résidents et des experts en urbanisme de craindre l’augmentation de la circulation, entre autres, sur les avenues McEachran, Davaar et Van Horne et de faire remarquer que l’accent n’avait pas été suffisamment mis sur le développement du transport en commun. Certains ont même mis en doute l’étude de simulation de circulation qui n’aurait pas tenu compte de la hausse de 62 % du parc automobile québécois entre 1985 et 2005.

Le 22 janvier dernier, l’Université de Montréal a fait une nouvelle présentation d’information destinée aux citoyens. On nous a fait un compte-rendu de l’avancement des travaux depuis avril 2012. Nous avons, entre autres, appris que les travaux de réhabilitation et de décontamination ont été exécutés sur 85 % du site.

Au cours de la période de questions qui a suivi l’exposé (voir la vidéo), des résidents n’ont pas manqué d’afficher une certaine surprise.

Alors qu’en 2006, l’avenue de la Promenade (l’axe central de la circulation automobile sur le campus) avait été présentée comme une majestueuse aire très large avec un terre-plein central planté d’arbres, la prestigieuse artère avait été revue et corrigée de sorte qu’elle a été ramenée à une rue « ordinaire » comme on les connaît partout ailleurs à Montréal.

D’autre part, il a paru étonnant à certains citoyens d’entendre le directeur général de la Direction des immeubles de l’Université de Montréal et la chargée de projets à la Ville de Montréal répondre à leurs questions avec un certain flou artistique. « Il se peut que… », « Il est possible que… » ou « On souhaite qu’il n’y ait pas de circulation de transit dans les rues d’Outremont ». Parle-t-on en toute connaissance de cause ou s’agit-il plutôt de vœux pieux ?

Étant donné l’ampleur de l’entreprise et en dépit des années que des experts ont passées à étudier les différentes facettes du dossier de la gare de triage, il n’est peut-être pas anormal que les ficelles ne soient pas toutes attachées. On en retire tout de même un enseignement. Les citoyens doivent demeurer vigilants afin de s’assurer que ce grand projet ne nuise pas à leur qualité de vie. À titre d’exemple, le sens de la circulation sur certains tronçons de rues au sud du nouveau site universitaire ne devrait-il pas être étudié plus à fond afin de préserver la quiétude des rues résidentielles?

Pour prendre connaissance des prochaines étapes du projet, consultez le plan de développement économique, urbain et social (PDUES) des secteurs Marconi-Alexandra, Atlantic, Beaumont, De Castelnau. Il s’agit du document de référence qui guidera les interventions de la Ville et de ses partenaires sur ce territoire au cours des dix ou vingt prochaines années.

Le PDUES fera l’objet d’une consultation par l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) dans les prochains mois. Nous vous en tiendrons informés en temps opportun.

Consultez également le rapport résumant les conclusions de la démarche de planification participative, ainsi que le plus récent communiqué de presse de la ville.