La vie en vert

À Outremont, si vous vous promenez sur l’avenue Laurier, vous remarquerez que le trottoir du côté sud n’héberge ni érables, ni frênes, ni ormes, ni féviers, ni aucune autre essence d’arbres. Rien de ce qui y a été planté au fil des ans n’a survécu. Comment expliquer cette hécatombe? Les fosses de plantation sont trop petites.

Il y a exactement 20 ans, le botaniste Michel Labrecque avait pourtant produit une étude démontrant que les fosses de plantation d’un mètre cube (!) ne permettaient pas un développement radiculaire adéquat. En 2005, la Politique de l’arbre de Montréal établissait à cinq mètres cubes le volume minimal d’une fosse pour donner une chance de survie et de croissance aux arbres transplantés.

Hélas! En 2013, les autorités d’Outremont en sont encore réduites à planter des chicots dans des bacs temporaires qu’il faut gruter au printemps et à l’automne. Dans de telles conditions, même un chêne est condamné à demeurer un nain de jardin.

Ce qui est vrai sur le trottoir l’est tout autant sur le terre-plein de l’avenue Laurier. Là aussi, de gros bacs de béton d’une tonne donnent le gîte à de petites fleurs fragiles. S’ils y ont été placés pour servir de mesure d’atténuation du trafic, ces bacs donnent l’occasion à d’innombrables véhicules de se stationner illégalement au milieu de la chaussée (voir la flèche sur la photo du haut).

Tout n’est heureusement pas coulé dans le béton puisque, en 2014-2015, on prévoit la réfection complète des infrastructures de l’avenue Laurier. Mais pourra-t-on espérer un reverdissement adéquat de cette artère commerciale de prestige? Si on se fie à ce qui s’est produit sur l’avenue Bernard en 2010, rien n’est moins sûr.

 réfection av. Bernard 2010En dépit de la remise à neuf des conduites d’aqueduc, de l’enlèvement des anciens rails de tramways et de l’excavation sur près de trois pieds de profondeur, le tronçon de l’avenue Bernard compris entre Hutchison et Wiseman aura été une occasion ratée d’augmenter pour la peine le nombre d’arbres qui auraient contribué à embellir et rafraîchir cette artère particulièrement courue.

Bernard avant-après copy occasion ratée

Dans un même ordre d’idée, n’aurait-il pas été infiniment plus perspicace de construire des saillies de trottoirs qui soient autre chose que des parcelles de béton armé? Poser la question, c’est y répondre. À mon sens, il n’y a plus d’excuse qui puisse justifier de telles erreurs. Le développement durable doit quitter les beaux discours pour descendre dans la rue!

saillie de trottoir avant aprèsNe trouvez-vous pas qu’il serait approprié de remplacer le béton des saillies de trottoir actuelles par des plants de graminées ou d’autres espèces végétales qui requièrent moins de ressources pour leur entretien?

Une croix sur les signes religieux

Le gouvernement québécois n’a pas même pas déposé son projet de loi sur la laïcité (appelez-le comme vous voulez!), que tous les candidats à la mairie de Montréal sont aux abois. La question du bannissement des signes religieux ostentatoires dans la fonction publique, les CPE, les écoles et les hôpitaux est tellement explosive à leurs yeux qu’ils ne veulent pas en entendre parler. Surtout pas à deux mois des élections.signes religieux

Denis Coderre affirme qu’«on ne partira pas des guéguerres sur une charte», ajoutant, du même souffle, être prêt à en découdre avec Québec. Richard Bergeron, lui, n’ose même pas dire s’il trouverait acceptable de voir une policière du Service de police de la Ville de Montréal porter le hijab. Marcel Côté prétend que l’adoption de la Charte des valeurs québécoises ne constitue pas une priorité pour Montréal. Quant à Mélanie Joly, elle soutient que «Montréal baigne actuellement dans un climat d’harmonie qui est favorable à son développement». Bref, tout ce beau monde prie en chœur pour que ce calice passe loin d’eux.

Faut-il absolument qu’il y ait une crise aigüe pour que l’on puisse considérer qu’il y a un malaise, voire de réels problèmes? Avons-nous rêvé l’engouement et les passions qu’avaient suscités les audiences de la commission Bouchard Taylor? Ces aspirants à la mairie ont-ils oublié qu’uniquement dans la ville qu’ils convoitent, plus de 400 mémoires avaient été déposés par des citoyens et des organismes de toutes sortes?

Je ne voudrais pas faire de peine à tous ces prétendants au trône, mais il faudra bien qu’ils se fassent à l’idée qu’il ne suffit pas que le rapport de deux intellectuels soit tabletté par le précédent gouvernement pour que toutes les questions liées aux accommodements religieux se dissolvent par enchantement.

La politique municipale se nourrit du quotidien de ses citoyens. Plus que partout ailleurs au Québec, cette question des accommodements religieux s’inscrit dans la vie de tous les jours des Montréalais. Si ceux qui souhaitent présider aux destinées de la plus grande ville multiethnique du Québec pensent pouvoir ignorer ou éluder la question, il vaudrait mieux, alors, qu’ils mettent une croix sur leur rêve!

Pour aider les candidats Bergeron, Coderre, Côté et Joly à se faire une tête (sans turban, kippa ou hijab) sur la question, je les inviterais à lire l’excellent texte qu’a publié dans Le Devoir le professeur de philosophie René Bolduc