Le scalp urbain

Peut-être avez-vous vu hier matin ce reportage de TVA nous montrant l’abattage illégal d’une centaine d’arbres matures sur le bord du lac Memphrémagog. Le propriétaire sans scrupule s’en tirera avec une ridicule amende de 7550 $. La semaine dernière, c’est à Rosemont  que l’on faisait tomber deux arbres de plus de 65 ans pour faire place à un nouveau projet immobilier.

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Le sort inadmissible d’un autre géant, avenue Christophe-Colomb

Hélas! Dans trop de cas, notre arrondissement ne réserve pas un sort plus enviable à de nombreux arbres matures. Au fil des dernières années, uniquement dans la ruelle Hutchison-Durocher, j’ai été témoin de l’abattage révoltant de plusieurs très gros arbres sains. Le plus souvent, cette hécatombe s’est faite tout à fait illégalement par des propriétaires dépourvus d’une quelconque conscience écologique.

Mais il est aussi arrivé que l’hôtel de ville d’Outremont ait accordé des permis d’abattage d’arbres en pleine santé. Un permis a déjà été délivré pour terrasser un arbre de 42 centimètres de circonférence « parce qu’il causait un dommage à la clôture mitoyenne ». Une clôture qui, selon les services des communications de l’arrondissement devait être réparée, mais qui, aujourd’hui, cinq ans plus tard, n’a guère meilleure mine! (voir images 1 et 2, ci-bas). Un autre exemple? Pour rendre plus spacieux un espace de stationnement et asphalter une cour mur-à-mur, le conseiller Louis Moffatt n’a pas cru bon de s’opposer à l’abattage d’un arbre imposant en dépit d’une plainte de citoyens (voir images 3 et 4, ci-bas)

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Deux cas où un permis d’abattage n’aurait jamais dû être délivré par l’arrondissement Outremont.

Au nombre de cas recensés, il semble bien que le montant des contraventions ne soit pas suffisamment dissuasif. Pour peu que nous souhaitions préserver, voire développer notre «forêt urbaine», il nous faudra probablement réviser à la hausse les amendes pour les contrevenants. Faut-il rappeler qu’en plus d’embellir notre milieu de vie, ces arbres filtrent l’air et réduisent le nombre d’îlots de chaleur?

Pas plus tard que le 5 mai dernier, une autre tronçonneuse a fait des siennes sur la rue Durocher. Cette fois, on s’attaquait à un arbre de plus de 60 ans. Quatre hommes coupaient allègrement une branche saine de plus de 80 centimètres de circonférence sans se soucier du règlement sur les nuisances qui interdit l’utilisation d’une tronçonneuse le dimanche.

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Pris en flagrant délit sur la rue Durocher, le dimanche 5 mai dernier.

Lors de la séance du conseil d’arrondissement du 6 mai, ni la mairesse Cinq-Mars, ni le directeur de l’aménagement urbain et patrimoine n’étaient en mesure de nous dire s’il fallait un permis pour éliminer des «branches inutiles» d’une telle dimension. Or une fonctionnaire travaillant au service des travaux publics nous a appris qu’aucun permis n’est requis pour émonder un arbre.

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Devrait-il être permis de scalper un arbre de la sorte?

Théoriquement, cela veut dire qu’un citoyen pourrait couper toutes les branches d’un arbre sans que l’on puisse lui reprocher quoi que ce soit ou le mettre à l’amende. Après tout, il ne l’a pas abattu! Entre nous, il y a certainement là matière à réflexion. Voici un règlement qu’il serait impératif de revisiter. Qu’en pensez-vous?

Outremont : opting out?

Mardi soir dernier, dans une petite salle du sous-sol de l’église Saint-Viateur, une vingtaine de résidents d’Outremont se sont donné rendez-vous pour discuter d’un sujet qui les préoccupe. Devant l’incertitude totale quant à l’issue des élections de novembre prochain, plusieurs se demandent ce qu’il faudrait souhaiter pour l’arrondissement d’Outremont. L’arrondissement devrait-il défusionner de Montréal?

Certains prétendants au trône du maire de Montréal seraient déjà en train d’affûter leurs couteaux pour dépecer ce joyau d’arrondissement qui avait acquis son statut de municipalité en 1895. Les bruits courent qu’Outremont pourrait être découpée au profit des arrondissements de Côte-des-Neiges et du Plateau Mont-Royal.

C’est M. Yves Létourneau, un citoyen d’Outremont qui a pris l’initiative d’organiser cette soirée. Défusionniste avoué, il a invité la mairesse Cinq-Mars et le conseiller Louis Moffatt, deux transfuges d’Union Montréal devenus indépendants, à donner leur point de vue sur la question.

Marie Cinq-Mars n’y est pas allée par quatre chemins. « Nous avons perdu le contrôle de notre arrondissement. » En 2008, avec les modifications apportées à la Chartre de Montréal, Cinq-Mars raconte que le conseil s’est fait retirer le pouvoir décisionnel sur les ressources humaines. Elle soutient que la même chose s’est produite au niveau des approvisionnements. « L’octroi des contrats pour du mobilier de bureau ne peut plus être fait que par la ville centre. »

La mairesse semble craindre qu’Outremont puisse un jour se retrouver avec un seul conseiller. « On peut élire qui on veut en novembre, mais dans un an ou deux, le gouvernement pourrait décider de couper le nombre de conseillers. » Pour sa part, Louis Moffatt est en désaccord avec ceux qui prétendent qu’il y a trop d’élus municipaux à Montréal. « S’ils veulent réduire le nombre de conseillers, qu’ils s’attaquent aux conseillers de ville et non aux conseillers de districts qui font le travail sur le terrain. »

Pour pouvoir faire la promotion d’une éventuelle défusion qui permettrait de conserver intact l’arrondissement qui tient à cœur aux Outremontois, les citoyens présents à cette réunion souhaitaient une chose : qu’on leur fournisse des données concrètes et des arguments probants. Mme Cinq-Mars et M. Moffatt ne disposant pas de ce type d’information, ils ont simplement invité les citoyens présents à mettre la main à la pâte.

Interrogé sur la possibilité pour Outremont de faire marche arrière et de réclamer la défusion de l’arrondissement, Louis Moffatt ne se fait pas d’illusions. « Il y a eu une période pendant laquelle et il aurait été possible de défusionner. Aujourd’hui, c’est fini! » Mme Cinq-Mars a évité de se prononcer sur cette question, mais est revenue sur l’adoption, en 2000, de la loi 170 sur les fusions municipales.

Aux résidents qui se trouvaient dans la salle, Marie Cinq-Mars a avoué qu’elle aurait souhaité pouvoir contester la nouvelle loi, mais que l’élection de Gérald Tremblay à la mairie de Montréal en novembre 2001 lui aurait coupé l’herbe sous le pied. « Le nouveau maire habitait Outremont. Je ne pouvais plus contester les fusions », avoue celle qui venait justement d’être élue conseillère dans le parti de Gérald Tremblay.

A-t-elle regretté d’avoir appuyé les fusions? « On a fait une erreur historique en ne votant pas contre la défusion [d’Outremont]. J’ai cru de toute bonne foi à ce qui était dans la Charte de la ville, raconte Cinq-Mars, en prenant soin d’ajouter qu’à l’époque, « ceux qui votaient pour les défusions étaient considérés comme des illuminés ».

C’est vrai que des « illuminés » ça ne fait pas très bon chic, bon genre, mais quand la mairesse nous apprend qu’elle a renoncé à défendre ce qui, à ses yeux, risquait de nuire à Outremont pour la simple raison que son chef avait établi sa résidence personnelle dans l’arrondissement, c’était faire preuve de bien peu de cas du sort de ses concitoyens.

Une pétition citoyenne remise à la mairesse pour qu’elle porte le flambeau de l’intégrité du territoire d’Outremont pourrait-elle être porteuse d’espoir pour les citoyens? Cela semble hautement improbable. Rappelons-nous que malgré une pétition de plus de 4000 noms, la mairesse n’avait même pas été capable de retenir un simple camion de pompier sur le territoire de l’arrondissement.

Ce n’est que depuis que l’administration Tremblay est tombée en disgrâce que Marie Cinq-Mars a tout à coup choisi de brandir le spectre d’un éventuel démantèlement de l’arrondissement. Elle cherche ainsi à faire oublier qu’elle a si fidèlement servi un parti qui s’est avéré pourri jusqu’à la moelle. Elle espère aussi qu’on ne lui demandera pas de dresser la liste de ses réalisations.