Les moeurs électorales des déserteurs d’Union Montréal

Le DGEQ enquête à OutremontLa semaine dernière, l’Unité permanente anticorruption (UPAC) commotionne de nouveau l’hôtel de ville de Montréal qu’on évacue pour permettre à une centaine de policiers de perquisitionner : un enième tremblement de terre ébranle le gouvernement municipal. Qu’ils aient déserté ou non le parti que dirigeait Gérald Tremblay, les élus qui ont porté les couleurs d’Union Montréal ont raison d’être secoués.

Pendant ce temps, à Outremont, nous observons le scandale du dépassement de coût de construction du Centre communautaire d’Outremont, la construction de la piste cyclable réalisée en douce sans tenir compte de la volonté des citoyens outremontois, les âpres discussions à propos du double standard en matière de respect de la réglementation municipale, la timide implication de la mairesse Cinq-Mars dans le dossier de la gare de triage et les allégations de financement illégal du parti du maire Tremblay entre 2001 et 2007 qui avaient déjà fait les frais d’ une enquête du Directeur général des élections du Québec.

Même si les portes de l’hôtel de ville d’Outremont n’ont pas été défoncées par l’escouade spéciale de l’UPAC, l’amoncellement de scandales des dix dernières années a formé un  embâcle devant le 543, chemin de la Côte-Ste-Catherine.

En septembre 2009, La Presse nous avait déjà appris en 2004, qu’un membre éminent du parti Union des citoyens de l’île de Montréal (UCIM), aujourd’hui Union Montréal, aurait demandé à l’arrondissement d’Outremont de participer au règlement d’une dette que le parti traînait vis-à-vis de la firme de relations publiques Octane depuis les élections municipales de 2001. Puisque la somme d’argent ne pouvait être payée par l’UCIM (cela contrevenait aux articles de la loi sur le plafonnement des dépenses d’un parti politique en période électorale), on aurait ainsi demandé à Outremont de fournir 15 000 $ à Union Montréal. Outremont aurait accepté de donner 8 000 $. La nouvelle avait été reprise au téléjournal de Radio-Canada (avancez à 19 min. 47).

Où était la mairesse Cinq-Mars durant toutes ces années? Comme Gérald Tremblay, elle n’a jamais rien vu. Tout comme elle n’a pas vu passer les factures des caisses de Scotch qui, mois après mois, entraient à l’hôtel de ville d’Outremont alors qu’elle était chargée d’approuver les dépenses de l’arrondissement.

Collusion dans les contrats ?

Depuis la mise sur pied de la commission Charbonneau, qu’avons-nous appris sur Outremont?

Interrogé le 19 novembre 2012, Michel Leclerc, propriétaire de la firme de construction Terramex, nous a révélé qu’à Outremont, une entreprise aurait été privilégiée dans l’octroi de contrats. Il a, de plus, ajouté que quelqu’un « de l’intérieur » prévenait les « collusionnaires » dès qu’un nouvel entrepreneur voulait soumissionner.

Voici la retranscription intégrale des passages du témoignage de monsieur Leclerc :

Q. O.K. Bien on va faire le tour des arrondissements. Est-ce que vous avez, selon votre observation du milieu, les appels que vous avez eus, il y a un partage de territoire si je comprends bien.

R. Bien c’est ce que j’ai pu comprendre à un moment donné parce que, c’est comme je vous disais tantôt, on ne pouvait plus bouger là. Tu sais, à Outremont c’était un entrepreneur, à Ville Saint-Laurent c’était un autre entrepreneur. …

Q. O.K. Et si on parle d’Outremont, Westmount, dans ces coins-là, qui étaient les heureux élus ou l’heureux élu?

R. L’heureux élu, il y en avait deux heureux élus. Outremont, c’était Canbec et puis Westmount, c’était TGA, dans les égouts là. …

R. Aussitôt que j’allais chercher les documents de soumission là, je trouvais ça un peu drôle, j’essayais d’estimer le temps que je prenais les documents et le moment que le téléphone était pour sonner.

Q. En règle générale là, c’est…

R. Des fois, c’était pas long. Je n’avais pas le temps de m’en retourner au bureau, le téléphone sonnait déjà. Ça fait qu’il y avait quelqu’un à l’intérieur sûrement qui… qui vendait la mèche. Mais, encore là, t’sais, c’était… c’était public là les soumissions là.

Q. O.K. Je comprends que la liste des soumissionnaires n’était pas nécessairement cachée, mais votre téléphone sonnait quand même de façon particulièrement rapide.

R. Assez, oui.

Rencontre intéressée entre Catania et Harbour ?

Interrogé par le procureur de la Commission Charbonneau le 27 novembre dernier, Érick Roy, policier pour la SQ et enquêteur à la Commission, nous a appris que Paolo Catania a rencontré Stéphane Harbour au club privé le 357C le 27 novembre 2006.

Voici la retranscription intégrale des passages du témoignage de monsieur Roy :

Q :Parfait. Lors de vos enquêtes ici à la Commission vous avez été amené à vous intéresser au 357C et pour quelle raison?

R. Bien, écoutez, c’est sûr que je pense qu’on a eu le témoignage de monsieur Elio Pagliarulo qui est venu ici au préalable qui avait déjà mentionné qu’il y avait eu, entre autres, des éléments que là-bas il y a des livraisons d’argent, ces choses-là. Alors ce sont ces motifs qui nous ont apportés à aller nous intéresser à ce qui se déroulait à l’intérieur du 357C.

……

R. Alors, le dernier événement, c’est le vingt-sept(27) novembre deux mille six (2006), de midi (12 h 00) à quatorze heures (14 h 00), Paolo Catania. Monsieur Paolo Catania, pardon, a rencontré monsieur Stéphane Harbour, deux personnes étaient prévues pour l’événement.

Q. Monsieur Stéphane Harbour va se retrouver à l’onglet 37, son profil. Non. Parfait. Parlez de monsieur Harbour.

R. Oui. Monsieur Harbour a été maire de l’arrondissement d’Outremont de deux mille cinq (2005) à deux mille sept (2007). Alors, en quatre-vingt-quinze (95), monsieur Stéphane Harbour a été élu conseiller municipal d’Outremont. Lors de l’élection en deux mille un (2001), Stéphane Harbour est élu président de l’arrondissement d’Outremont. On peut voir également que le onze (11) octobre deux mille sept (2007), Stéphane Harbour démissionne de ses fonctions de maire de l’arrondissement d’Outremont suite à une enquête portant sur des irrégularités ayant eu cours à la mairie d’Outremont entre deux mille cinq (2005) et deux mille huit (2008). Monsieur Stéphane Harbour a été président de l’Office municipal d’habitation d’Outremont jusqu’à la dissolution en deux mille deux (2002). Cette compagnie de gestion de l’habitation a vu le jour en quatre-vingt-neuf (89).

Depuis 2002, sous le règne Harbour et Cinq-Mars bien des choses n’ont pas été nettes. Mais le simple fait que Mme Marie Cinq-Mars se soit tout récemment départie du masque d’Union Montréal lui permet-elle aujourd’hui de montrer patte blanche ?

La gare de triage d’Outremont – De verrue à grain de beauté

Un peu d’histoire, des projets et des craintes.

Derrière ses résidences bichonnées et ses ilots de verdure soignée, Outremont a longtemps caché une verrue honteuse grosse comme la moitié de la superficie du parc Lafontaine. Depuis 1886, sa gare de triage avait l’allure  d’une cour à ferraille inhospitalière. Des wagons et des conteneurs remplis de marchandises de toutes sortes y ont transité pratiquement depuis l’incorporation de l’ancienne ville d’Outremont.

Vue aérienne du campus Outremont

Vue aérienne du campus Outremont (cliquer pour agrandir)

Il y a quelques années à peine, le terrain de la gare de triage a été le théâtre d’une âpre controverse entre ceux qui souhaitaient y voir s’y implanter le nouveau CHUM et ceux qui tenaient à ce que l’Université de Montréal y érige son nouveau campus. Ces derniers ont remporté la mise et il a été convenu que ce vaste espace abriterait le nouveau pavillon des sciences, ainsi que du logement et des parcs publics.

Voici là une opportunité aussi fantastique qu’inespérée de développement de la qualité de vie du quartier et de l’ensemble de l’arrondissement d’Outremont qui ne comptait guère plus d’espace vacant.

En février 2007, l’Office de consultation publique de Montréal avait tenu sa première séance d’information publique. À l’époque, l’Université de Montréal qui avait d’abord souhaité qu’il n’y ait aucune rue véhiculaire qui traverse le campus, avait changé d’idée. Des rues traverseraient le nouveau campus, mais les autorités s’étaient faites rassurantes quant à l’impact de son projet sur la circulation automobile.

Cela n’avait pas empêché de nombreux résidents et des experts en urbanisme de craindre l’augmentation de la circulation, entre autres, sur les avenues McEachran, Davaar et Van Horne et de faire remarquer que l’accent n’avait pas été suffisamment mis sur le développement du transport en commun. Certains ont même mis en doute l’étude de simulation de circulation qui n’aurait pas tenu compte de la hausse de 62 % du parc automobile québécois entre 1985 et 2005.

Le 22 janvier dernier, l’Université de Montréal a fait une nouvelle présentation d’information destinée aux citoyens. On nous a fait un compte-rendu de l’avancement des travaux depuis avril 2012. Nous avons, entre autres, appris que les travaux de réhabilitation et de décontamination ont été exécutés sur 85 % du site.

Au cours de la période de questions qui a suivi l’exposé (voir la vidéo), des résidents n’ont pas manqué d’afficher une certaine surprise.

Alors qu’en 2006, l’avenue de la Promenade (l’axe central de la circulation automobile sur le campus) avait été présentée comme une majestueuse aire très large avec un terre-plein central planté d’arbres, la prestigieuse artère avait été revue et corrigée de sorte qu’elle a été ramenée à une rue « ordinaire » comme on les connaît partout ailleurs à Montréal.

D’autre part, il a paru étonnant à certains citoyens d’entendre le directeur général de la Direction des immeubles de l’Université de Montréal et la chargée de projets à la Ville de Montréal répondre à leurs questions avec un certain flou artistique. « Il se peut que… », « Il est possible que… » ou « On souhaite qu’il n’y ait pas de circulation de transit dans les rues d’Outremont ». Parle-t-on en toute connaissance de cause ou s’agit-il plutôt de vœux pieux ?

Étant donné l’ampleur de l’entreprise et en dépit des années que des experts ont passées à étudier les différentes facettes du dossier de la gare de triage, il n’est peut-être pas anormal que les ficelles ne soient pas toutes attachées. On en retire tout de même un enseignement. Les citoyens doivent demeurer vigilants afin de s’assurer que ce grand projet ne nuise pas à leur qualité de vie. À titre d’exemple, le sens de la circulation sur certains tronçons de rues au sud du nouveau site universitaire ne devrait-il pas être étudié plus à fond afin de préserver la quiétude des rues résidentielles?

Pour prendre connaissance des prochaines étapes du projet, consultez le plan de développement économique, urbain et social (PDUES) des secteurs Marconi-Alexandra, Atlantic, Beaumont, De Castelnau. Il s’agit du document de référence qui guidera les interventions de la Ville et de ses partenaires sur ce territoire au cours des dix ou vingt prochaines années.

Le PDUES fera l’objet d’une consultation par l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) dans les prochains mois. Nous vous en tiendrons informés en temps opportun.

Consultez également le rapport résumant les conclusions de la démarche de planification participative, ainsi que le plus récent communiqué de presse de la ville.